Révolution russe de 1917 : les thèses d'avril de Lénine et la chute de Milioukov
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Carnet Photographique Russie |
Les mois qui suivirent février 1917 furent marqués par l’antagonisme croissant entre le Gouvernement provisoire et le soviet. Cette opposition finit par dégénérer en conflit ouvert, causé par l’évolution politique des soviets qui soutenaient à l’origine l’idée d’une démocratie parlementaire, mais qui devinrent finalement les instruments du socialisme révolutionnaire. On peut dégager deux raisons principales à ce conflit. La première est la volonté du gouvernement de repousser à plus tard la résolution de problèmes pressants tels que la désorganisation économique, la crise alimentaire, la redistribution des terres aux paysans et l’émergence de forces contre-révolutionnaires ; plutôt que de les résoudre, le gouvernement déploya toute son énergie pour poursuivre une guerre dont le peuple ne voulait plus. |
La seconde raison, qui découle logiquement de la première, est que les ouvriers et les paysans avaient acquis la conviction que seuls les soviets étaient capables de résoudre les problèmes russes. Cette conviction fut d’ailleurs alimentée par la propagande bolchevique à partir de l’arrivée de Lénine à Petrograd au début d’avril. |
La rupture entre le Gouvernement provisoire et le soviet de Petrograd s’opéra sur la question des objectifs et de la poursuite de la guerre. Le 27 mars, le Gouvernement provisoire s’engagea à poursuivre la guerre jusqu’à la victoire et à « respecter fermement les accords passés avec ses alliés ! ». Milioukov avait préalablement informé le Gouvernement provisoire que ces accords comprenaient des traités secrets qui prévoyaient l’acquisition par la Russie de Constantinople (aujourd’hui Istanbul) et d’autres territoires. De son côté, le soviet de Petrograd se prononça pour une paix générale, renonça à toutes les demandes d’annexions et de réparations, et en appela « aux peuples du monde entier » pour forcer les gouvernements à négocier la paix. |
Il condamna l’engagement de Milioukov, et, bien que les deux parties eussent trouvé un vague compromis, le conflit ne fut pas résolu tant que le Gouvernement provisoire resta en place. À cette époque, le soviet lui-même n’avait pas réellement pris conscience de la volonté du peuple russe de mettre fin à la guerre. |
Avant le retour d’exil de Lénine, la politique bolchevique fut formulée par des dirigeants tels que Kamenev et Joseph Staline, revenus de déportation le 12 mars, qui favorisaient le soutien conditionnel au Gouvernement provisoire et étaient sur le point de former une alliance politique avec les mencheviks et les sociaux-révolutionnaires. À la conférence des travailleurs du Parti bolchevique de Russie, qui se tint le 30 mars à Petrograd, on fit taire le seul intervenant qui prônait la prise de pouvoir par les bolcheviks et l’établissement de la dictature du prolétariat. La conférence étudia la question de l’union avec les mencheviks, qui était déjà en cours dans les provinces et qui résultait du programme politique modéré des dirigeants bolcheviques. Lénine arriva à Petrograd au début d’avril pendant la conférence des travailleurs du Parti bolchevique de Russie. "Révolution russe 1917" Encyclopédie Microsoft® Encarta® en ligne 2009 |
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Lénine faisant un discours, en 1917. |
Lors de son premier discours, il reprit les fameuses « thèses d’avril » qu’il avait publiées dans la Pravda le 7 avril : hostilité à la guerre, confiscation et partage des terres. Lénine prôna le « passage immédiat à une république des soviets », c’est-à-dire une rupture avec les autres partis et le boycottage du Gouvernement provisoire. Il fut donc le premier à croire que la révolution prolétarienne pouvait se passer d’une période de transition parlementaire, qui nécessiterait une alliance avec la bourgeoisie constitutionnelle. Il déclara en même temps que les bolcheviks, alors minoritaires, devaient s’efforcer non pas de s’emparer immédiatement du pouvoir, mais de faire une propagande patiente afin de convaincre une majorité d’ouvriers du bien-fondé de leur politique. |
Dans un premier temps, Lénine dut faire face à l’opposition de tous les dirigeants, en particulier Kamenev et Staline, mais il parvint à les rallier à ses idées. À partir de ce moment, la politique bolchevique poursuivit ses objectifs : la prise totale du pouvoir par les soviets, l’arrêt immédiat de la guerre, la planification et l’organisation de la confiscation des terres par les paysans, le contrôle de la production industrielle par les ouvriers. Les thèmes de la propagande bolchevique se retrouvaient dans des slogans tels que « La paix, la terre, le pain » et « Le pouvoir aux soviets ». Léon Trotski, révolutionnaire exilé aux États-Unis, revint à Petrograd dans le courant du mois de mai, adhéra à la politique de Lénine et rejoignit le parti bolchevique. Plusieurs événements servirent la cause bolchevique. Le 18 avril, Milioukov envoya une note aux gouvernements alliés dans laquelle il promettait que la Russie continuerait la guerre « jusqu’à la victoire finale ». |
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Léon Trotski |
Dans des termes ambigus, il fit part de son soutien à la politique du Gouvernement provisoire qui prévoyait l’annexion de territoires étrangers et le paiement d’indemnités par les vaincus. Cette note, dont le contenu s’opposait à celui de la déclaration « aux peuples du monde entier » qu’avait faite le soviet de Petrograd le 15 mars et qui appelait à une paix sans annexions et sans indemnités, provoqua des manifestations de protestation armées organisées par les ouvriers et les soldats de la capitale les 20 et 21 avril. Contrairement aux propositions du général Lavr Gueorguievtich Kornilov qui voulait mettre fin aux manifestations par la force, le soviet de Petrograd, seul responsable du commandement de la garnison de la capitale, ordonna à toutes les troupes de rester dans leurs baraquements. Désavoués, Milioukov et Goutchkov démissionnèrent, provoquant ainsi, le 5 mai, le remaniement du gouvernement dans lequel des représentants des partis socialistes reçurent six des quinze portefeuilles ; Kerenski devint ministre de la Guerre et de la Marine. "Révolution russe 1917" Encyclopédie Microsoft® Encarta® en ligne 2009 http://fr.encarta.msn.com © 1997-2009 Microsoft Corporation. Tous droits réservés. |
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